Une divine promotion

Ce blog permet de partager des infos mais aussi des travaux plus personnels qui évidemment, expriment d’abord l’opinion de leur auteur. Si nous la publions, c’est qu’elle nous semble intéressante pour d’autres. En voici donc un autre exemple.

Cet article est le fruit de la réflexion personnelle de Bruno Bombled, un lecteur de ce blog, et qui travaille au laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement à Gif-sur-Yvette (91) On trouvera la suite  de son travail sur son site personnel ici . On peut contacter l’auteur par cette adresse : bruno.bombled@lsce.ipsl.fr

 

Dieu dit : « faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les bestiaux, sur toute les bêtes sauvages et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. » Dieu créa l’homme à son image, à l’image de dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa. Dieu les bénit et dieu leur dit : « fructifiez et multipliez vous, remplissez la terre et soumettez là; dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tous être vivant qui rampe sur la terre. »

Deux mille ans de cultures judéo-chrétienne et musulmane, ont modelé les esprits occidentaux et moyen-orientaux dans une culture collective de supériorité humaine. Deux milles ans que nos esprits, modelés par des religieux, prenant dans la révélation (qui ne nous était pas destiné mais aux hébreux déportés à Babylone) les parties qui leur convenaient pour poursuivre leurs objectifs de conditionnement des masses, nous entrainent vers cet animal dénaturé comme le dit si bien Vercors. Deux mille ans qui expliquent le peu de scrupule qu’ont nos sociétés, issues de la culture du livre, à exploiter jusqu’à l’outrage la nature et les êtres qui la constituent. Deux mille ans où la surpopulation n’est pas considérée comme un problème mais, au contraire, où nous regardons, avec admiration, les familles nombreuses, alors que nous devrions pleurer devant tant d’inconséquence. Deux mille ans où nous répondons, sans le savoir, à l’injonction divine de soumettre la création et de se multiplier. Pendant des années ces cultures religieuses ont justifié l’exploitation des hommes par les hommes, puis des femmes par les hommes, aujourd’hui nous observons que, de façon complètement tacite, notre imprégnation nous autorise, sans complexe et sans limite, à exploiter les ressources naturelles.
Dans l’ancien testament dieu fait donc l’Homme à son image. L’image de Dieu fait référence à la part immatérielle de l’Homme. Elle met l’être humain à part du règne animal, le rend digne de la « domination » que Dieu voulait. Mais si, toutefois, l’Homme se rend compte qu’il est allé trop loin, point de remord, point de crainte car nous sommes les égaux de dieu comme semble nous rappeler l’épopée du déluge. En effet que nous dit Dieu dans cette histoire ? Dieu a créé le monde mais voyant que la méchanceté de l’Homme était grande sur la terre et que toutes les pensées de son cœur se portaient uniquement vers le mal, le Seigneur regretta d’avoir fait l’Homme. Il s’en affligea et décida de tout faire disparaitre. Seul Noé trouva grâce aux yeux de Dieu. Et Dieu détruisit sa création. Mais ce déluge n’était pas une volonté de destruction définitive, juste une leçon adressée à l’humanité afin de lui rappeler qui sont les Hommes et lui rappeler le commandement du jardin d’Eden. Ainsi à travers Noé, Dieu ordonne à l’Homme de reconstituer la planète, l’Homme devient, avec Noé, l’égal de Dieu puisqu’il est capable, lui aussi, de recréer. Dieu légitime la maitrise du vivant par l’humanité. Cette idée nous a poursuivi jusqu’à nos jours au point que certaines entreprises capitalistes se prennent pour des dieux en manipulant le vivant et créent des OGM que jamais la nature n’aurait pu inventer, en modifiant les paysages, en introduisant des espèces qui deviennent invasives. Ces personnes se sentent légitimes pour transformer le paysage et la génétique de la planète. Pour eux il est normal de le faire puisque Dieu nous l’a ordonné. Ils ne sont pas responsables, puisque c’est un ordre … un ordre divin de surcroit !

Il serait, cependant, injuste d’oublier également que notre culture occidentale, comme pour enfoncer le clou, possède également une forte racine grecque qui n’entre pas en conflit avec notre culture engendré par « les religieux » à partir de leur lecture spécifique de l’Ecriture, où seule est importante l’activité intellectuelle et où tout ce qui est relatif à la matière, donc la nature, selon Platon, est sans dignité ni légitimité.

Nous pourrions penser qu’une telle démonstration d’une culture collective imprégnant aussi fortement une société est exagérée, mais il suffit de regarder les sociétés où les histoires judéo-chrétiennes et musulmanes ne sont pas prégnantes pour se convaincre du contraire. En effet, dans les civilisations où les religions sont toutes autres (chamanisme, bouddhisme, indouisme, animiste etc …) la relation au vivant et à la planète sont toutes autres. Ainsi autant si nous, nous nous mettons au dessus de toute autre créature, au point de les torturer sans scrupule lors d’expérience de vivisection ou d’élevages d’animaux à fourrure, ailleurs, l’esprit des homme se tourne plus en une relation d’égal à égal, conscient de l’impérieuse nécessité de préserver l’environnement car l’homme n’est perçu que comme un maillon de ce vivant, ni plus ni moins, et dont la survie ne dépend que des ressources de la planète. Alors certes certains religieux, comme Saint François d’Assise n’avaient pas oublié l’alliance entre Yahvé, la Terre et l’espèce humaine (verset 13), mais force est de constater que cela n’a pas retenu l’attention générale d’une majorité de religieux influents … probablement que la force de la « Raison d’Etat religieux » devait prévaloir sur tout autre considération.

Ainsi sans prôner un naïf retour à la nature qui n’a aucun sens mais à l’heure d’une remise en cause total de notre modèle carboné et consumériste, il serait temps de prendre conscience que notre survie ne dépends pas de ce que nous pourrons gagner comme argent à la fin du mois (même si, dans l’immédiat, cela est nécessaire), mais de comment nous réussirons à préserver la biodiversité de l’érosion, le climat du réchauffement, l’eau douce des pollutions et les gènes des apprentis sorciers, afin de garantir un environnement viable dans une société égalitaire et redistributive créant ainsi les bases d’un monde de paix pour le bien être de tous.

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Une réflexion sur “Une divine promotion

  1. Si je partage entièrement le sentiment de l’auteur, je peux dire qu’après 3 lectures attentives, je ne retiens que les 2 derniers §. Pourquoi faire si long alors qu’il est si facile de dire que l’humanité est une symbiose entre l’homme et son environnement (la totalité de ce qui l’entoure), et que la Genèse évoque la « domination » et la « soumission » que dans ce cadre trés précis, celui du maillon, de la chaîne de l’humanité. La religion catholique a fort maltraité les disciples qui ont tenté de rappeler cet élément fondamental au cours des âges ; aujourd’hui que la tendance est à l’écologie, il faut s’attendre à ce que le pape en parle…
    J’invite à la lecture du bouquin « guérir la terre » (chez Albin Michel, 17 €, notamment celles de P.Rabhi, JM Pelt et E.Morin) qui pourraient constituer un prolongement utilement concret à cet article.
    Ce qui m’apparaît évident en tout état de cause, c’est qu’il devient trés urgent de porter aux affaires publiques des nations, des prophètes de cette humanité là. Et de « mouiller la chemise » sur le terrain et pas seulement dans les salons.

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