La fin de la faim, sans abuser des moyens

Notre ami Jean Baptiste R. nous fait part d’une de ses lectures récentes, en l’occurence de bons articles de synthèse sur la question brûlante de l’alimentation mondiale, tirées de la revue Alternative économique. En voici le texte :

NOURRIR LE MONDE SANS EPUISER LA TERRE. Pour en finir avec la faim. Auteur :Laurence Estival. Alternatives Economiques n° 295 – octobre 2010

De nombreux leviers peuvent être actionnés à l’échelle locale et internationale pour lutter contre la faim. A condition que les bailleurs de fonds et les pays en développement s’en saisissent. Sans attendre 2015 et le bilan final des Objectifs du millénaire, il est d’ores et déjà clair que l’humanité n’aura pas réussi, à cette échéance, à « réduire de moitié, par rapport à 1990, le nombre de personnes souffrant de malnutrition » (objectif n° 1). « Pourtant, les moyens de vaincre la faim existent, rappelle Yves Berthelot, président du Comité français pour la solidarité internationale (CFSI). La faim ne s’explique pas par un manque de nourriture au niveau mondial, mais par l’incapacité d’une partie de la population à y accéder, faute de revenus suffisants. Il s’agit principalement des petits paysans des pays en développement – ils représentent 80% des victimes de la faim – et des habitants sans ressources des grandes métropoles du Sud, dont la plupart sont d’anciens paysans qui ont dû quitter leurs terres. »

S’attaquer à la faim suppose donc de s’intéresser en premier lieu aux paysans des pays en développement. Leurs productions, faiblement compétitives, sont concurrencées par des importations de pays qui subventionnent leur agriculture ou qui bénéficient de conditions plus avantageuses (grandes exploitations extensives employant peu de main-d’oeuvre, fort taux de mécanisation, investissements des pouvoirs publics…). La libéralisation des échanges, à l’oeuvre depuis le milieu des années 1990, a en effet privé les petits paysans du Sud de débouchés et les a empêchés de retirer de leurs activités les ressources nécessaires pour moderniser leurs exploitations. Et même quand le rapport de force leur est plus favorable (les prix mondiaux aujourd’hui assagis par rapport à la flambée de 2008 restent supérieurs à ceux du début des années 2000, renchérissant les prix des produits importés), ils parviennent rarement à en tirer parti. Faute d’accès au crédit, à la terre et à des moyens de production plus efficients que la seule force de leurs bras, il leur est difficile d’accroître rapidement l’offre locale afin de satisfaire les besoins des ménages.

Un besoin d’investissements

Ces petits paysans du Sud comme les consommateurs urbains les plus vulnérables paient en réalité les conséquences du sous-investissement dans le secteur agricole depuis plusieurs décennies, dont sont responsables les gouvernements nationaux et les bailleurs de fonds internationaux. Fortement endettés, ces pays ont en effet été contraints, à partir du milieu des années 1980, sous la pression du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, de couper dans leurs dépenses publiques et d’abaisser leurs droits de douane. Les gouvernements ont d’autant moins résisté aux injonctions de ces institutions que le recours aux importations était un moyen de nourrir à bas prix des villes en plein essor démographique.

L’explosion des cours de 2008 et ses impacts sociaux ont dramatiquement mis en évidence le danger de faire reposer les besoins alimentaires des populations sur le seul marché mondial. Depuis, un consensus international reconnaît la nécessité pour les pays du Sud les plus sensibles aux fluctuations des prix internationaux de renforcer leurs propres capacités agricoles. Car à court terme, la planète n’est pas à l’abri de nouvelles crises, comme vient encore de le rappeler l’effet des incendies en Russie sur les marchés mondiaux du blé (voir encadré). A plus long terme, ni l’augmentation de la production dans les pays du Nord, où les marges de manoeuvre sont limitées (manque de terres disponibles, plafonnement des rendements…), ni le recours aux importations ne seront susceptibles, en 2050, de nourrir 9 milliards d’habitants, dont la plupart seront dans les pays du Sud.

Tensions sur le blé

Le prix du blé a grimpé depuis la mi-juillet et atteignait fin août 287 dollars, alors qu’il évoluait autour de 200 dollars la tonne au premier semestre 2010. C’est le résultat de l’embargo russe sur les exportations de blé (fixé du 15 août au 31 décembre), à la suite des incendies qui ont détruit une partie de la récolte du pays. Au niveau mondial, ces pertes ne seront pas compensées, selon les dernières estimations de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture (FAO), qui prévoit une récolte de blé 2010 à hauteur de 646 millions de tonnes, soit une baisse de 5% par rapport à 2009. Ce qui en ferait quand même la troisième plus importante de l’histoire…

Répondre au problème de la faim suppose donc de laisser aux Etats la possibilité de subvenir eux-mêmes aux besoins de leur population. Depuis deux ans, les bailleurs de fonds mettent sur la table des milliards de dollars pour aider les Etats concernés à développer leur agriculture. « Sur le terrain pourtant, la situation évolue peu. On est dans la rhétorique », pointe Arlène Alpha, responsable du pôle « politiques publiques et régulations internationales » au Groupe de recherche et d’échanges technologiques (Gret). Il y a eu beaucoup d’effets d’annonce, mais pas suffisamment de fonds réellement débloqués, comme l’a rappelé Jacques Diouf, le président de la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. A l’automne 2009, ce dernier a estimé que pour éradiquer la faim, la part de l’aide accordée par les pays riches aux pays en développement dans le domaine agricole devait rapidement renouer avec les taux des années 1970. L’aide à l’agriculture représentait alors 17% des montants totaux de l’aide publique, contre 5% seulement aujourd’hui. Tandis que l’aide au développement a été multipliée par six entre 1979 et 2009 (en valeur courante), celle à l’agriculture est passée de 3 à 5,9 milliards de dollars, selon l’OCDE.

Accroître l’aide et mieux la cibler

« Outre le montant de l’aide, il est également urgent de revoir son affectation, plaide Jean-Denis Crola, chargé de ces questions à Oxfam France. Les prêts ont pris le pas sur les dons. De plus, la France avantage les investissements dans les infrastructures, certes nécessaires, mais néglige l’appui aux organisations paysannes. Les Etats les plus pauvres ne répondant pas, par ailleurs, aux conditions pour bénéficier de prêts, ceux-ci sont avant tout dirigés vers les pays à revenus intermédiaires. » Les organisations non gouvernementales (ONG) dénoncent également l’absence de synergies entre les bailleurs de fonds, source de gaspillages.

Main basse sur les terres

Les entreprises ou les Etats qui, depuis la crise de 2008, rachètent des terres agricoles dans les pays du Sud pour assurer leur propre sécurité alimentaire, développer des cultures énergétiques (agrocarburants) ou destinées à des usages industriels (huile de palme) afin de répondre à la demande mondiale, ont fait naître des inquiétudes. Selon un rapport du Centre d’analyse stratégique (1), entre 15 et 20 millions d’hectares, essentiellement situés dans les pays en développement, ont été concernés de 2006 à 2009, soit l’équivalent de la surface agricole utile de la France.

La plus grande opacité règne sur ces transactions. Cet accaparement de terres, souvent les plus fertiles, qui crée de nouvelles tensions (conflits avec les paysans traditionnels pour l’accès à l’eau, expropriations…) risque également de compromettre la sécurité alimentaire des pays d’accueil. L’essentiel des récoltes est en effet destiné aux pays exploitant ces terres ou au marché mondial.

(1) « Les cessions d’actifs agricoles à des investisseurs étrangers dans les pays en développement », Centre d’analyse stratégique, juin 2010.

Augmenter l’aide publique à l’agriculture dans les pays en développement ou revoir l’affectation des moyens alloués sont des options d’autant plus nécessaires que ces fonds internationaux ont un rôle majeur à jouer pour moderniser et accroître la production agricole. Au Niger, les financements extérieurs représentent ainsi 91% des moyens consacrés à l’agriculture. Au Ghana, leur contribution frôle les 70%. Contrairement aux engagements pris par les pays africains dans le cadre du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad) en 2003, seule une poignée de pays en développement – Ethiopie, Madagascar, Malawi, Mali, Niger, Sénégal et Zimbabwe – affectent 10% de leur budget au secteur agricole, quand la moyenne sur le continent n’est que de 4,5%.

Les Etats du Sud mettent en avant le manque de moyens. Toutefois, les conditions imposées par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale en contrepartie de leurs soutiens n’empêchent pas de faire des arbitrages sur la répartition des dépenses publiques. Les Etats doivent également lutter contre la corruption et l’évasion de capitaux. Selon un rapport du Global Financial Integrity, un think tank américain spécialisé sur le sujet, la fuite illicite des capitaux aurait coûté, hors réseaux criminels, 854 milliards de dollars à l’Afrique entre 1970 et 2008, plus de deux fois l’aide publique au développement accordée sur la même période. Et encore s’agit-il d’une estimation basse, qui ne prend pas en compte d’importants flux à destination des paradis fiscaux.

Côté recettes fiscales, les Etats sous-utilisent les instruments dont ils disposent pour accroître leurs ressources. Soucieux d’attirer des investisseurs étrangers, la plupart d’entre eux accordent au contraire aux entreprises des exonérations représentant un manque à gagner considérable pour leurs finances publiques. Ayant calculé que ces cadeaux représentaient 4% de son produit intérieur brut (PIB), le Maroc a choisi de remettre de l’ordre dans son régime fiscal, tandis que d’autres pays africains, comme le Sénégal, ont engagé une réflexion sur ce sujet. De plus, s’il ne s’agit pas de refuser les investissements privés, encore faut-il que ceux-ci profitent aux pays en développement. Or, l’opacité règne sur les flux financiers opérés par les multinationales, qui utilisent leurs multiples filiales pour placer leurs bénéfices là où ils sont le moins taxés.

Pour accroître leurs recettes budgétaires, les pays en développement pourraient par ailleurs relever leurs tarifs douaniers, lesquels s’avèrent souvent inférieurs aux plafonds fixés dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Cette décision entraînerait une protection accrue de leurs frontières et favoriserait le développement de leur production agricole à l’abri de la concurrence internationale. C’est un préalable à la mise en place de véritables politiques agricoles, reposant sur des aides publiques destinées à encourager le développement de la production, la formation et l’accompagnement des producteurs, la constitution de stocks pour atténuer les fluctuations des cours, ou encore l’adoption de lois foncières garantissant aux petits producteurs un accès à la terre. Des chemins empruntés avec succès par l’Union européenne, les Etats-Unis ou encore la Corée du Sud en leur temps.

Le droit au-dessus du commerce

Aucun pays en développement n’a par ailleurs activé la procédure de sauvegarde prévue par l’OMC en cas de crise. « Les gouvernements devraient pourtant ne pas accepter de limiter les tarifs à l’importation ou les tarifs à l’exportation si ceci risque d’affecter les populations les plus vulnérables. La libéralisation commerciale en matière agricole favorise, par définition, les producteurs les plus compétitifs. Or ce sont les autres, les petits paysans, qui sont les principales victimes de la faim aujourd’hui », remarque Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, plaidant pour une plus forte régulation.

Les pays en développement commenceraient-ils à en prendre conscience? En négociations depuis cinq ans, les accords de partenariat économique (APE) lancés par l’Union européenne et les pays d’Afrique, Caraïbes, Pacifique (ACP) sont dans l’impasse. Les Etats du Sud refusent de réduire de 80% leurs droits de douane pour favoriser les importations des Vingt-Sept en échange de la possibilité d’accéder librement au marché du Vieux Continent, arguant que les demandes de l’Union vont au-delà des engagements pris à l’OMC. Regroupées au sein de Concord (la confédération européenne des ONG d’urgence et de développement), les organisations de solidarité internationale européennes ont d’ailleurs montré du doigt l’incohérence des politiques de l’Union: faisant du développement de l’agriculture des pays en développement une de ses priorités, l’Europe oublie cet objectif quand ses intérêts sont en jeu. Souhaitant, par exemple, s’affirmer davantage comme une puissance exportatrice de produits agricoles sur les marchés mondiaux, elle a décidé de supprimer progressivement ses quotas laitiers d’ici à 2013, sans se soucier des conséquences de cette politique sur les Etats du Sud. Pourtant, l’augmentation des quantités disponibles ira principalement concurrencer l’agriculture vivrière des paysans du Sud.

S’appuyant sur les nouveaux droits dont dispose désormais le Parlement européen en vertu du traité de Lisbonne (qui renforce la référence aux droits de l’homme dans les relations extérieures de l’Union), le rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation exhorte les députés à demander, avant la signature de ces accords, des études sur l’impact qu’auraient les accords de partenariat économique pour les pays ACP. « Il est temps que les politiques de coopération soient alignées sur les stratégies nationales visant à réaliser le droit à l’alimentation, obligation inscrite dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, précisée en 2004 par des directives de la FAO. Ce droit est inscrit aujourd’hui dans la Constitution de 24 pays, et un nombre aussi important d’Etats ont adopté des lois cadres le garantissant », observe-t-il. Une façon de rappeler que, dans la hiérarchie des normes internationales, le droit à l’alimentation doit aujourd’hui être placé au-dessus de tous les autres. Les populations concernées peuvent donc désormais s’y référer comme au premier des droits humains

UN AUTRE MODELE AGRICOLE EST POSSIBLE

Pour assurer la sécurité alimentaire, les initiatives se multiplient afin de développer une agriculture durable. Une stratégie qui peine à convaincre l’OMC, campée sur le dogme de l’ouverture des frontières.

« Il y a deux manières de répondre à l’impératif de sécurité alimentaire. La première, celle qui a échoué par le passé, consiste à fournir aux pays en développement des produits alimentaires au plus bas coût sur le marché mondial. La seconde, celle de l’avenir, doit reposer sur le développement des agricultures locales. C’est la seule solution », soulignait le président français, Nicolas Sarkozy, lors de la conférence sur la sécurité alimentaire mondiale qui a réuni à Rome le 3 juin 2008 quarante-deux chefs d’Etat et de gouvernement. Si l’idée d’accompagner les pays en développement dans la modernisation de leur agriculture a fait son chemin depuis deux ans, la mise en musique de cette orientation tarde à se concrétiser au niveau international, en dépit des discours.

Pourtant, les initiatives se multiplient sur le terrain. En témoigne notamment le Programme national d’autosuffisance en riz lancé en 2008 par le Sénégal, qui s’est fixé comme objectif d’atteindre une production d’un million de tonnes de riz blanc par an d’ici à 2012, afin de couvrir les besoins de la population dont c’est l’un des aliments de base. Le pays importe près de 80% de sa consommation de riz et ces achats représentent 16% de son déficit commercial. Dakar compte sur les bailleurs de fonds pour rassembler les 174 milliards de francs CFA (265 millions d’euros) nécessaires à la mise en place de différentes mesures (distribution de semences et d’engrais, développement de l’irrigation, mécanisation des exploitations, organisation des producteurs…). Cette initiative a été soutenue par le Roppa, le Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest, qui a lancé une campagne en faveur de la revalorisation de la filière. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) avait, elle aussi, tiré la sonnette d’alarme: compte tenu de la croissance démographique, l’Afrique de l’Ouest, qui aujourd’hui ne satisfait en moyenne que 60% de ses besoins, devrait importer en 2020 des quantités de riz comprises entre 6 et 10 millions de tonnes par an, contre 3 millions aujourd’hui.

Des moyens de production adaptés

Revitaliser les productions agricoles dans les pays en développement pour lutter contre la faim n’a toutefois de sens que si ces politiques bénéficient aux petits paysans et pas aux grandes exploitations, principalement tournées vers les exportations. Le droit d’accéder à la terre doit leur être reconnu. De même, il est nécessaire qu’ils soient les principales cibles des programmes visant à améliorer les performances des exploitations. Ceci suppose de leur permettre d’utiliser des variétés de semences adaptées à leur environnement ou de mettre en place des formations et un accompagnement les incitant à expérimenter des modes de production valorisant au mieux les potentialités des écosystèmes.

Au Mali, par exemple, les réseaux maraîchers de la région de Kayes, avec l’appui du Groupe de recherches et de réalisations pour le développement rural (GRDR), produisent eux-mêmes des semences biologiques et des produits phytosanitaires naturels, à base de plantes, destinés à dégager les paysans de l’emprise des entreprises commercialisant des produits souvent onéreux, voire nuisibles pour l’environnement. En Inde, grâce à l’appui d’organisations non gouvernementales (ONG), les paysans de la région montagneuse de Kolli Hills (Etat du Tamil Nadu, au sud de l’Inde) ont amélioré la productivité du millet en utilisant des semences qu’ils ont sélectionnées et testées dans leurs propres champs. La production, transformée sur place et bénéficiant d’un label « agriculture biologique », n’a eu aucune difficulté à être écoulée, grâce à une campagne de promotion dans des salons itinérants et dans des foires agricoles.

Sécuriser les débouchés

« La sécurisation des débouchés pour les produits locaux n’est malheureusement pas toujours évidente dans des pays où, sous l’effet des importations de produits agricoles, les habitudes alimentaires et les goûts ont changé », rappelle Tata Yawo Ametoenyenou, responsable d’Oadel, une organisation d’appui au développement local au Togo. Après avoir organisé des petits déjeuners solidaires, l’association a ouvert une cafétéria pilote alimentée par des producteurs de la région pour faire redécouvrir aux consommateurs de Lomé les produits locaux. « Au départ, les gens étaient sceptiques, mais la crise alimentaire a changé la donne. La hausse des prix leur a fait prendre conscience de l’intérêt de développer des solutions alternatives », souligne le responsable.

Sécuriser les débouchés suppose aussi l’organisation de chaînes de distribution. La Fédération tanzanienne d’organisations paysannes l’a compris. Accompagnée par le Groupe de recherche et d’échanges technologiques (Gret), elle a mis en place plusieurs marchés de gros dans le pays, à proximité des zones de production et de consommation, où se rendent désormais les intermédiaires pour faire leurs achats. Autour de ces marchés se sont greffées de nombreuses activités (commerces, restaurants, services bancaires…). Pour sécuriser les approvisionnements, les acteurs locaux (paysans, collectivités, gérants de ces marchés..) ont participé à la construction de pistes facilitant le transport des produits du producteur à l’acheteur.

Un nouveau marché dans l’ouest du pays, près du lac Tanganyika, devrait bientôt voir le jour. Il doit permettre de transporter la marchandise au Burundi ou en République démocratique du Congo. « La zone est trop enclavée pour permettre aux producteurs locaux d’écouler leur production dans les zones de consommation de Tanzanie. L’élargissement des débouchés au niveau régional est un moyen de sécuriser leurs revenus et de répondre aux besoins alimentaires des pays voisins, tous deux fortement tributaires des importations mondiales », explique Thierry Lassalle, responsable de ce projet au Gret.

Dynamiques régionales

L’échelon régional paraît le plus à même de répondre aux enjeux dans les pays en développement qui cherchent à s’organiser dans le domaine agricole. En janvier 2005, les chefs d’Etat et de gouvernement des pays composant la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ont approuvé la mise en place d’une politique agricole commune pour contribuer à la satisfaction des besoins alimentaires de la population. L’institution entend privilégier la production locale et les échanges entre pays membres pour diminuer la dépendance aux importations alimentaires.

Parmi les outils privilégiés, la Communauté prévoit des prix agricoles garantis, des politiques d’accompagnement des paysans (accès au crédit notamment) et la définition d’un tarif extérieur commun différencié selon les productions, même si le taux le plus élevé, fixé à 30%, ne permet pas totalement de protéger le marché régional des importations.

Soutiens politiques

Incapable de financer seule ses ambitions, la Cedeao négocie actuellement avec les bailleurs de fonds internationaux l’argent nécessaire à la mise en oeuvre de sa politique agricole. Ces difficultés soulignent les limites de cette initiative. Les expériences conduites au Mali ou en Inde concernant l’amélioration des productions agricoles locales ou celles mises en oeuvre au Togo ou en Tanzanie visant à sécuriser les débouchés des agriculteurs de ces pays ont, elles aussi, besoin d’être soutenues pour, au-delà des réalisations locales ou ponctuelles, participer à la création d’un cercle vertueux dans les pays en développement.

Rapprocher producteurs et consommateurs

Parmi les alternatives aux importations de produits agricoles pour satisfaire les besoins alimentaires des populations, les rapprochements entre consommateurs et producteurs ont le vent en poupe. Dans les pays en développement, l’agriculture péri-urbaine joue un rôle de plus en plus important dans l’approvisionnement des villes. « Au Sénégal, par exemple, on estime qu’elle assure près de 60% des achats de produits issus des cultures maraîchères », note Chantal Aubry, chercheuse à l’Inra et spécialiste de ces questions.

Les circuits courts sont également en fort développement au Nord. Aux Etats-Unis, des friches industrielles de Pittsburgh ou de Detroit ont été reconverties en terrains agricoles pour alimenter les citoyens en produits frais. « En France, les circuits courts concernent 80 000 exploitations, selon la dernière enquête sur les structures des exploitations agricoles. La vente directe est pratiquée par 67% des horticulteurs, 50% des producteurs de vins de qualité, légèrement moins par les maraîchers, et par 42% des producteurs de fruits », ajoute la chercheuse, qui insiste aussi sur l’émergence de nouvelles formes, plus militantes.

Toujours en France, les Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap) comptabilisent 70 000 consommateurs. Ceux-ci s’engagent à acheter toutes les semaines, à quelque 1 000 producteurs, des « paniers » de marchandises payés d’avance. Pour répondre à la demande des consommateurs, le gouvernement a annoncé, en avril 2009, des mesures visant à encourager l’installation d’agriculteurs en circuits courts, notamment à proximité des grandes villes où le prix élevé des terres rendent difficiles la création comme la reprise d’exploitations agricoles.

Ces différents projets mettent en évidence la possibilité d’un autre modèle agricole pour répondre aux enjeux de la sécurité alimentaire. Cependant, leur caractère exemplaire – tout comme la faillite du modèle basé sur la libéralisation des échanges – peine à convaincre la communauté internationale de changer d’approche dans sa lutte contre la faim. Même si les négociations commerciales dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sont dans l’impasse depuis 2006, celle-ci souhaite toujours parvenir à un accord ouvrant un peu plus les frontières, dans la continuité de l’accord de Marrakech signé en 1994. Une conception aux antipodes d’une régulation internationale des marchés, seule capable de faire durablement reculer la faim

 

 

PRODUIRE SANS DETRUIRE

Benoît Lallau, économiste et maître de conférences à l’université de Lille
Marc Dufumier, agronome à l’Institut des sciences et industries du vivant et de l’environnement Agroparistech
Alternatives Economiques n° 295 – octobre 2010

L’agriculture productiviste est socialement et écologiquement insoutenable. L’agroécologie offre une alternative crédible, mais nécessite une refonte de nos modèles agricoles. Au Nord comme au Sud.

Le bilan environnemental et social de l’agriculture d’aujourd’hui est très critiqué: pollution aux nitrates, surconsommation d’eau, érosion des sols, émissions de gaz à effet de serre, pertes de biodiversité, concentration foncière, destructions d’emplois, exode rural accéléré dans les pays du Sud… Les producteurs doivent pourtant nourrir en quantité et en qualité une population mondiale toujours croissante, tout en satisfaisant une demande accrue en produits non alimentaires: fibres textiles, matériaux de construction, agrocarburants, etc. Comment répondre aux besoins présents et futurs de l’humanité sans détruire la planète ni appauvrir les paysans?

Les dégâts de la pollution, un vrai casse-tête

Les agriculteurs, c’est leur rôle, aménagent l’environnement de façon à y favoriser la croissance et le développement de quelques espèces, races et variétés sélectionnées pour la fourniture de biens et de services dont la société et les marchés sont demandeurs. Pendant des millénaires, les agriculteurs ont eux-mêmes choisi des variétés et des races adaptées à leur environnement, sans avoir à modifier ce dernier de fond en comble. Mais avec l’essor de l’agro-industrie, la sélection est devenue le fait de chercheurs travaillant en conditions parfaitement maîtrisées, au sein de laboratoires et de stations expérimentales, de façon à répondre aux demandes d’économies d’échelle formulées par les firmes.

Ecarts de productivité entre paysans andins et fermiers du Middle West en 2008

La reproduction à grande échelle de ces conditions expérimentales a nécessité un recours massif à la mécanisation et aux intrants (*) chimiques, ce qui a entraîné à la fois la simplification et la spécialisation des écosystèmes, mais aussi leur dégradation. Ainsi les agriculteurs de Bretagne ont-ils renoncé aux grandes cultures pour se consacrer à l’élevage intensif de vaches laitières et à l’engraissement de volailles et de porcs en espaces confinés. Nourris avec du soja importé des Amériques, les animaux y sont tellement concentrés que le traitement des effluents d’élevage est devenu un véritable casse-tête. La situation est totalement inverse dans la Beauce où les exploitants céréaliers, faute de fumier, sont contraints de recourir aux engrais azotés de synthèse, dont la production est coûteuse en énergie fossile et en émissions de gaz à effet de serre.

Cette « modernisation » a conduit à la disparition de la majorité des exploitations dans les pays du Nord, induisant un mouvement d’agrandissement des exploitations qui se poursuit aujourd’hui. Plus encore, dans de nombreux pays du Sud, des terres immenses sont appropriées par de puissantes multinationales ou de riches propriétaires fonciers, dont l’objectif est de maximiser leur taux de profit à court terme. Ce faisant, ils contribuent très peu à la création d’emplois, car dès que les coûts salariaux augmentent, il est plus intéressant de remplacer la main-d’oeuvre par des machines ou de maintenir des systèmes de production extensifs peu exigeants en travail: élevage bovin de type ranching, monoculture de canne à sucre ou de soja transgénique, etc.

Ces grandes exploitations très spécialisées provoquent de graves dégâts écologiques: érosion, pollutions chimiques, prolifération de mauvaises herbes résistantes aux herbicides dans les champs de soja génétiquement modifiés, etc. On a là un non-sens en termes d’occupation de l’espace, aggravé par les tendances actuelles au lang grabbing (les acquisitions de terres dans les pays du Sud par des multinationales et des Etats étrangers): beaucoup de personnes disponibles et de paysans pauvres sur les terres les plus ingrates, et peu de travailleurs employés sur les terres les plus fertiles, mais qui se dégradent rapidement.

Diversifier et complexifier

Face ces impasses agro-industrielles et latifundiaires, les systèmes de production agroécologiques, longtemps délaissés au nom du progrès, sont des alternatives crédibles. Il s’agit tout d’abord de sélectionner une plus grande diversité de races ou de variétés, adaptées chacune à leur écosystème d’accueil, et de réassocier agriculture et élevage. L’agroforesterie, par exemple, permet de combiner diverses cultures sur les mêmes parcelles avec des haies et des arbres de plein champ qui apportent de l’ombre et de la matière organique pour fertiliser les sols (voir encadré page 98). Intégrer des légumineuses (pois, lentilles…) dans les rotations des cultures permet de fournir à moindre coût les protéines végétales destinées à l’alimentation humaine ou animale. Les légumineuses fixent en effet l’azote de l’air, ce qui permet de réduire l’emploi des engrais de synthèse.

Cette complexification des systèmes de production les rend moins vulnérables aux animaux prédateurs et aux maladies, et plus résilients (*) face aux changements climatiques. Enfin, dans la mesure où ils maximisent le recours aux ressources naturelles renouvelables (énergie solaire, carbone et azote de l’air, eaux de pluie…), ces systèmes n’excluent pas l’obtention de rendements élevés et permettent leur fort accroissement dans de nombreuses régions au Sud où ils sont dramatiquement faibles.

Mobiliser l’agriculture paysanne

L’agroécologie exige ainsi un travail plus intense et soigné que l’agriculture à grande échelle. Elle peut entraîner la création de nombreux emplois, à condition que les agriculteurs puissent être correctement rémunérés pour la qualité de leurs produits et pour les services environnementaux rendus à la société. Cela passe, dans les pays du Nord, par une redistribution plus équitable des aides agricoles entre producteurs et par une renégociation du contrat social entre producteurs, industrie de transformation et consommateurs moins centrés sur l’obtention de prix agricoles les plus faibles possibles.

Dans les pays du Sud, beaucoup de paysans ont déjà recours à l’agroécologie, mais ces pratiques ont trop souvent été sous-estimées et jugées archaïques par les autorités politiques et les organismes de recherche. Ceci renvoie à un constat plus général: les recherches agronomiques poursuivent encore trop souvent le seul objectif de l’amélioration variétale et de l’ingénierie génétique; elles demeurent empreintes d’un rejet persistant, au nom de la modernité, des différentes formes d’agriculture paysanne.

Ce sont pourtant ces exploitations paysannes qui sont les plus à même d’héberger les systèmes agroécologiques plus conformes aux exigences du développement durable. Cela tient d’abord à leur rapport au travail. Un exploitant familial ne remplacera jamais sa main-d’oeuvre familiale par des machines tant que celle-là ne trouvera pas d’opportunités d’emplois plus rémunérateurs en dehors de l’exploitation; l’agriculture paysanne apparaît donc comme la plus à même de réguler les problèmes d’emplois et d’exode rural. En outre, la gestion de cette force de travail conduit les paysans à diversifier les systèmes de culture et d’élevage, de façon à étaler et à combiner les activités productives au fil des saisons. C’est-à-dire à privilégier, au final, la complexité (et donc la résilience) plutôt que les économies d’échelle.

Réorganiser les marchés

Les performances dont peut faire preuve l’agriculture paysanne ne s’exprimeront cependant pas sans réorganisation des marchés nationaux et internationaux. En concurrence les uns avec les autres, les agriculteurs sont incités à se spécialiser de façon à amortir au plus vite leurs investissements, à réduire leurs coûts de production et à ne pas disparaître. Les effets de cette concurrence sont très marqués au Sud, où l’immense majorité des paysans ne disposent que d’outils manuels ou de la traction animale. Un producteur de blé de l’Altiplano andin qui laboure à la bêche et ne peut pas acheter d’engrais est 200 fois moins productif que son concurrent du Middle West américain, qui dispose d’équipements motorisés et profite de subventions étatiques. En vendant sa récolte au prix du marché mondial, le paysan andin perçoit donc une rémunération 200 fois inférieure à celle du farmer américain. Comment pourrait-il sortir ainsi de la pauvreté?

L’agroécologie dans les pays du Sud

Certaines paysanneries de l’Afrique sahélo-soudanienne ont su intégrer des espèces d’arbres dans leurs systèmes de culture. Les arbres à enracinement puissant, comme l’Acacia albida sur cette photo prise dans le sud du Niger, contribuent à fixer du carbone par photosynthèse durant la saison sèche, à puiser des éléments minéraux dans les couches profondes du sol, à les fixer provisoirement dans leur biomasse aérienne, et à fertiliser ensuite les sols lors de la chute de leurs feuilles. De la famille des légumineuses, l’Acacia albida fournit en outre aux animaux un fourrage riche en protéines et favorise la fertilisation azotée du mil, dont le rendement est 2,5 fois supérieur sous sa frondaison.

Quant aux producteurs manuels du Sud spécialisés dans les cultures d’exportation (café, cacao…), ils ont été si nombreux à se tourner vers ce type de culture pour ne pas subir cette concurrence sur le marché des céréales que la surproduction a conduit à un effondrement des prix. Et de leur rémunération, qui s’est alignée sur celle des produits vivriers. Résultat: soumises à une concurrence si inégale, les paysanneries pauvres du Sud n’ont plus d’autre alternative que de migrer vers les bidonvilles, vers les dernières forêts primaires du monde, qu’ils défrichent au détriment de la biodiversité, ou vers les pays du Nord, du moins pour ceux qui y parviennent.

Les Etats du Sud ne devraient-ils pas pouvoir faire ce que la plupart des pays du Nord ont eux-mêmes entrepris avec succès après la Seconde Guerre mondiale: protéger leur agriculture vivrière par le biais de droits de douane conséquents? D’où la nécessité pour les nations excédentaires du Nord de ne plus exporter à vil prix leurs surplus de céréales, de sucre, de viandes et de poudres de lait, et de réorienter leur agriculture vers des formes de production plus artisanales, destinées à leur marché intérieur. La défense d’une agriculture plus respectueuse de l’environnement et de la qualité des aliments au Nord n’apparaît donc en rien contradictoire avec la reconquête par les nations du Sud de la sécurité et de la souveraineté alimentaires, premières exigences d’un développement durable.

Une agriculture durable suppose que les paysans ne soient plus sous-rémunérés et puissent au contraire bénéficier de politiques de soutien. Mais cela implique d’abandonner l’argument libéral-populiste usuel fondé sur le concept du moindre coût pour le panier du consommateur. Un faible prix payé au producteur, c’est peut-être un pouvoir d’achat supérieur pour le consommateur à court terme (rien n’est moins sûr d’ailleurs, du fait des stratégies de marges des transformateurs et des distributeurs), mais c’est surtout, à plus long terme, une paupérisation des agriculteurs, une marginalisation des zones rurales et une incapacité à affronter la crise alimentaire contemporaine. Une agriculture paysanne mettant en oeuvre des pratiques inspirées de l’agroécologie ne relève donc pas du passéisme, mais bien d’une réelle modernité, entendue comme la capacité à répondre aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux de notre temps.

Benoit Lallau et Marc Dufumier

Alternatives Economiques n° 295 – octobre 2010 

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Une réflexion sur “La fin de la faim, sans abuser des moyens

  1. PUBLIQUE AU DÉVELOPPEMENT

    Ils ne comprendront donc jamais que le drame de l’aide au développement n’est pas dû à un problème de ressource financière, mais à la façon dont cette ressource est employée!

    Ils ne retiendront donc jamais les leçons de la crise financière dans laquelle nous sommes plongés due au fait que nous entendons faire de l’argent avec de l’argent!

    Voilà que notre Président de la République veut prélever une taxe sur chaque échange financier!

    Mais Monsieur le Président pour qu’il y ait des échanges financiers il faut qu’il y ait de la création monétaire, la première étape de cette création étant la production de céréales, de lait, de pommes de terre de nourriture quoi! à la sueur de notre front.
    Or non seulement vous refusez d’assurer le développement des pays pauvres en ne respectant pas cette première étape indispensable de l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire, mais vous vous employez à ce que notre agriculture soit démantelée comme elle l’est dans tous les pays du monde! Qui va donc produire des pommes de terre entre autres, pour générer des échanges financiers?
    Voilà que Philippe Douste-Blazy, le conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, pour la question de l’aide au développement, déclare sans rire : « Sans les financements innovants, si nous conservons le statu quo, nous ne pourrons atteindre les objectifs du millénaire pour le développement en 2015»
    Quels seraient ces «financements innovants» ? Ils peuvent inclure des taxes sur les billets d’avion, le tourisme, l’Internet, la téléphonie mobile et les transactions financières, et sans doute un loto proposé il y a peu par d’autres inconséquents !

    On croit rêver et pendant ce temps :
    « En Afrique les projets de Lutte contre la pauvreté appauvrissent les populations ! ».

    C’est une femme admirable qui le dit. Une Sénégalaise qui depuis Saint-Louis œuvre inlassablement pour aider les femmes de la vallée du fleuve Sénégal à faire renaître l’agriculture de la région. Les hommes eux sont, contre l’avis des femmes et au péril de leur vie, partis en Europe pour essayer de gagner quelque argent…

    « L’AIDE FATALE : Les ravages d’une aide inutile et de nouvelles solutions pour l’Afrique ».

    C’est Dambisa MOYO, une autre Africaine qui a écrit ce livre, elle sait de quoi elle parle pour avoir travaillé à la Banque Mondiale…

    « Ne pas avoir peur de dire aux Africains qu’on veut les aider, mais qu’on veut aussi que cela nous rapporte…/… ».

    C’est un homme qui le dit, un Français, le Secrétaire d’État à la coopération, le même qui ajoutera un peu plus tard qu’il faut créer un loto pour financer l’aide publique au développement ! ».

    « Ce sont les entreprises –et non les ONG- qui doivent prendre toute leur place dans l’aide au développement ! ».

    C’est un autre homme qui le dit le 29 juin 2010, Dov ZERAH nouveau directeur de l’AFD qui confirme ainsi que l’on veut bien aider mais qu’il faut que ça nous rapporte !

    Tout a donc été dit et sur le constat d’échec de l’aide et sur le peu de chances qu’il y a dans sortir si l’on continue à refuser les leçons qui auraient dues être tirées de ce constat.

    Jacques DIOUF le Directeur Général de la FAO n’arrête de le clamer haut et fort : « Nous ne sortirons de la famine qu’en aidant ces pays à assurer en priorité leur autosuffisance alimentaire ». Or au lieu de le faire en commençant par le développement de leur secteur primaire, ce qui permettrait aux populations de vivre dignement dans leurs meubles, nous recherchons des marchés permettant d’assurer notre précieuse et sacro–sainte croissance.
    Nous recherchons au travers de l’immigration prétendument choisie une main d’œuvre pour des taches que nous ne voulons plus accomplir.

    Au lieu d’aider ces pays à assurer leur développement en commençant par atteindre leur autosuffisance alimentaire, non seulement nous les incitons, en dissimulant au besoin le tout derrière le commerce dit équitable, à faire de l’agriculture industrielle en prétendant, imbécillité suprême, qu’ils dégageront les devises nécessaires à l’achat chez nous de leur nourriture ; mais nous leur faisons comprendre en prime que notre aide à leur développement doit avant toute chose nous rapporter.

    Au lieu d’aller écouter et soutenir Jacques DIOUF et la FAO au sommet de ROME sur la faim, nos chefs d’État irresponsables et inconséquents, ont préféré se livrer aux pitreries de COPENHAGUE, dont il ne pouvait rien sortir s’agissant de la recherche de solutions à un faux problème.

    Nous avons pendant deux décennies tenté de mettre en place des outils de développement, de financement notamment, qui ont fait la preuve de leur inefficacité et accentué pauvreté et famine dans les pays que nous entendions aider.

    Ce furent les funestes « ajustements structurels » imposés par la Banque Mondiale qui, pour simplifier, consistaient à pousser les pays à une indépendance et autonomie financière.
    Il fallait pour cela se procurer des devises, ce qui était fait par des cultures industrielles exportées alors que le niveau prioritaire d’autosuffisance alimentaire n’avait pas été atteint.
    Le résultat fut qu’il était impossible d’importer les ressources alimentaires de base en raison de la faiblesse des devises obtenues dans le cadre d’une organisation mondiale du commerce qui assassine les plus faibles.

    La Banque Mondiale dans cette phase avait rejeté violemment le modèle d’organisation coopérative du secteur agricole, et notamment la toute première étape de ce modèle remise à l’honneur par Muhammad YUNUS : la microfinance.

    La Banque Mondiale et les organismes de distribution de l’aide publique au développement affligés du syndrome du thermostat, qui fait qu’en matière de pensée nous agissions comme avec cet appareil dont nous ne connaissons que les positions extrêmes, revenait brutalement dans une deuxième phase à Muhammad YUNUS à sa Grameen Bank et à la microfinance sans imaginer que cette toute première étape d’un modèle millénaire devrait bien vite être dépassée.

    Les Pionniers de Rochdale en 1843, les producteurs de fourches de micocoulier dans le Gard en 1661, les créateurs de fruitières et autres tontines se référaient à des traditions ancestrales que l’on trouvait déjà chez les agriculteurs de Babylone, pourquoi l’outil mis en place dans nos agricultures il y a plus de cent ans ne serait il pas le modèle incontournable à développer chez ceux qui attendent que nous les fassions bénéficier de notre expérience ?
    Ce n’est pas parce que le merveilleux outil de la coopération est dépassé ou n’a plus lieu d’être chez nous que nous devons en rejeter l’utilisation dans les agricultures émergentes, ou en rester à ses toutes premières étapes comme nous nous obstinons à le faire avec la microfinance.
    C’est cet outil qui dépassant très vite la toute première étape de la microfinance a permis, il y a plus d’un siècle, à nos agricultures de connaître le développement que l’on sait alors qu’elles étaient dans la situation de celles que nous prétendons aider.

    « Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson. »
    CONFUCIUS
    Philosophe, historien et homme d’Etat chinois
    « Yah ça m’a mordu, Back to the trees ! », retour aux arbres ! rugit oncle Vania notre lointain ancêtre face à l’apport trop brutal du feu qu’Édouard était allé chercher bien loin (Roy Lewis : « Pourquoi j’ai mangé mon père »).
    Apprends–nous plutôt à pêcher ! Sans nous renvoyer dans les arbres.

    À BERGERAC le 22septembre 2010
    Jean-Pierre Canot
    Auteur de « Apprends-nous plutôt à pêcher »
    apprends-nous.plutot.a.pecher@canot.info

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