Quand les OGM se font crosser…

Connaissez-vous Mgr Mathew Arackal ? Non ? Il est l’évêque catholique du diocèse de Kanjirappally, au Kerala indien. Peut-être parce qu’il est responsable de la communauté syro-malabar, cet évêque n’a pas peur de s’affronter au développement des semences génétiquement modifiées utilisées en Inde. Question de respect de la sécurité alimentaire, d’un pays en forme de continent. Forcément, il a de quoi se réjouir Mgr Mathew actuellement puisque le pays vient de proclamer un moratoire sur l’introduction d’une aubergine transgénique sur le marché indien. Le saviez-vous ? L’Inde est le premier producteur au monde d’aubergines, avec près de 4000 variétés différentes en culture. Et c’est donc dans ce pays que le grand semencier Mahyco, dont un quart du capital est détenu par un certain…  Monsanto, vient de développer l’aubergine BT Brinjal, une enième version de plante-miracle insecticide.

Au Kerala, l’évêque développe, depuis 1980, une coopérative baptisée Peermade Development Society , dont l’objet est de permettre un développement complet de la campagne indienne (http://www.pdspeermade.com). Démarrée dans le district très pauvre d’Idukki, au Kerala, la coopérative vise à sortir les petits agriculteurs de la misère en leur proposant « de s’organiser en communautés pour développer une agriculture durable ». Ces deux dernières années, explique Mgr Arackal, près de 10 000 paysans ont ainsi été aidés, sans considération de caste ou de croyance. Encourager le développement des OGM ne ferait que « balayer ces paysans pauvres et marginalisés » , déclare l’évêque, qui ajoute : « Assurer la sécurité alimentaire du pays passe par la protection du monde paysan traditionnel. »

Selon Chacko Sebastian, un agriculteur qui a bénéficié de l’aide de Peermade Development Society et qui jouit désormais d’une certaine prospérité, le moratoire décidé à New Delhi peut être le déclic qui va amener les campagnes indiennes à penser leur développement de manière plus durable et écologique. Cette année, où les récoltes ont été très insuffisantes du fait d?une mousson inhabituellement faible, le nombre des suicides de paysans (souvent, par absorption de pesticides) s’est maintenu à un niveau très élevé. Bon nombre de ceux qui choisissent de mettre fin à leurs jours sont pris en étau entre une récolte trop faible en quantité et des traites à payer pour régler les semences, les engrais et les pesticides nécessaires aux cultures. Si les paysans choisissaient un autre mode de développement que celui proposé par l’agriculture intensive, ils pourraient s’en sortir humainement et économiquement, affirme Chacko Sebastian. Si l’aubergine transgénique BT Brinjal est la première culture comestible à laquelle la mise sur le marché a été, pour l’heure, interdite, l?Inde a déjà autorisé l’introduction de cultures OGM : en 2002, le BT Cotton , également produit par Mahyco , a été mis sur le marché et a rencontré un vif succès. Selon certaines études, 85 % du coton indien est désormais issu de cette semence et la production nationale a doublé en sept ans. La presse indienne rapporte toutefois que les études sur cette culture ont été biaisées (manipulation des données relatives à son innocuité et injonction faite aux paysans de ne pas produire leurs propres semences).

© Les dépêches d’ Eglises d’Asie

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s