Jardinons… radioactifs !

En feuilletant par hasard un vieil ouvrage intitulé « Culture potagère », d’un certain J. Vercier (ed. Hachette) de l’encyclopédie des connaissances agricoles, je tombe par hasard, p. 57-58, sur ces recommandations d’une haute portée scientifique dans ce monde du début du XXè siècle (le livre daterait de 1919). Voici ce qu’on y apprend et conseille (au chapitre des engrais) :

 » Un engrais radioactif est un produit qui renferme un corps ou plusieurs composés radioactifs ; il n’a pas la propriété de fertiliser le sol en l’enrichissant comme le font les engrais ordinaires, mais il active l’assimilation de ces éléments fournis d’autre part. Son rôle, dans le sol, n’est d’ailleurs pas encore parfaitement défini, mais l’influence de la radioactivité sur la nitrification paraît certaine. Les plantes qui, en complément d’un engrais complet et plus spécialement peut-être d’un engrais humifère, reçoivent par hectare une dose de 45 à 50 kg (!) d’engrais radioactif laissent voir le plus souvent un feuillage plus ample et plus foncé que les légumes laissés à côté comme témoins. La récolte, dans la plupart des cas se trouve accrue. Différents expérimentateurs croient pouvoir affirmer que les émanations ont une action préventive sur les maladies cryptogamiques qui n’apparaîtraient pas dans les parties traitées. Bien que cette question pleine d’intérêt soit encore à l’étude, vous trouverez déjà dans le commerce des engrais radioactifs. Rappelez-vous seulement que vous ne devez jamais les employer à forte dose, que leur action peut durer deux ans au moins, que ce serait en pure perte si vous les appliquiez seuls (…) Jusqu’ici les meilleurs résultats ont été constatés sur des plantes-racines et à tubercules, mais l’avenir vous fera sans doute connaître les meilleurs modes d’application de ces produits dont l’emploi doit être avant tout économique et rénumérateur. »

Oui, je sais. Le monde de 1919 n’est pas le nôtre, les connaissances scientifiques non plus. Oui, je sais, s’arrêter sur le seul slogan final, ‘un emploi économique et rénumérateur’, serait sans doute mesquin si on en fait une grille de lecture pour dire quoi que ce soit sur les choix discutables d’une certaine agriculture moderne.

Mais bon, au moment où nos chers sénateurs, si proches du terroir, s’amusent à redonner du lest à des cultures novatrices d’un autre type dont on commence à peine à entrevoir les paradoxes scientifiques et sociaux, j’avoue avoir du mal à ne pas relire ce texte, un siècle plus tard, en changeant simplement le mot ‘engrais radioactifs’ par ‘semences OGM’.

Quelqu’un a-t-il la version 2008 de « l’encyclopédie des connaissances agricoles », juste pour voir ?

D.L.

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