Boucs émissaires et chèvres cachemires

Il est des évidences qu’il est bon de rappeler de temps en temps. Il en va ainsi du concept de « développement durable » dont nous parlons ici. Un concept qui mérite d’être clarifié à chaque pas, dans chaque affirmation, pour ne pas se gausser de mots creux. Pour ne pas passer un coup de peinture verte sur des pratiques bien peu durables et bien peu développées. Pour ne pas tomber trop facilement dans la chasse aux boucs émissaires.
A ses origines, c’est en fait d’un développement « soutenable » dont il s’agit, comme l’exprime littéralement l’expression anglaise (sustenable). Autrement dit, un développement qui n’empêche pas l’existence future, en prenant lucidement la mesure des limites concrètes actuelles de notre monde. On voit bien ainsi dans certains excès contemporains, ce qui désormais n’est plus « soutenable », dans tous les sens du terme. Une certaine forme d’exploitation du monde, cruelle et cynique. Un mépris des droits élémentaires des populations. Une perte d’un certain bon sens, au profit d’une marchandisation des choses les plus précieuses de l’existant. Une boulimie de consommation débridée, de nouveautés sans lendemain, de divertissements tristes. Un aveuglement idéologique dans les notions de progrès ou de croissance (ah, la belle fascination de la technoscience). Toutes ces évidences sur lesquelles nous avons, consciemment ou non, construit nos sociétés dans les décennies passées. Des évidences qui n’en sont plus.

Oui, ce qui n’est plus soutenable, c’est la perte du sens même de la vie qu’entraînent les excès de notre manière de vivre.

Mais revenons à nos moutons, par le biais d’un exemple. Il s’agit d’un projet réalisé par la Commission européenne de 2003 à 2006 (1), travaillant à développer une économie locale autour du duvet cachemire des chèvres en Mongolie (tout un programme !). Projet qui veut intègrer les trois dimensions structurelles du développement durable (soutenable), à savoir l’économique, l’environnemental et le social. Ce qui se traduit par trois questions toutes simples : le projet en question est-il viable, équitable et vivable ?

La réponse semble positive dans cette expérience intéressante, articulant dimensions locale et internationale. Sa viabilité économique a été montrée, et sa gestion soutien la vie concrète de populations locales souffrant de l’exode rurale. Tout en préservant des espaces environnementaux essentiels. Tout est-il pour le mieux ? Voire. Le modèle reste construit sur le prix que l’industrie occidentale du luxe est prête à payer pour cette fibre animale à des paysans de Mongolie ne roulant pas forcément sur l’or. Chance ou paradoxe du développement durable aujourd’hui ?

D.L.

(1) Marc Renner, Art. « Des chèvres de luxe… », paru dans Responsables, la revue bimestrielle du Mouvement chrétien des cadres et dirigeants, sept/oct 2007, n° 378, p. 18-19.

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